violation du principe du contradictoire

Expertises médicales judiciaires - Le Simulacre

(Hôpital Avicenne, Bobigny, 2 juillet 2009)

Préambule : Cet article fut distribué le 2 juillet 2009 à l’hôpital Avicenne de Bobigny, où le Pr Gilles CHAINE dirige le service d’ophtalmologie et où s’était déroulée la deuxième expertise médicale judiciaire, le 14 février 2007.
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Deux opérations chirurgicales contre-indiquées ont fracassé ma vie, une première fois en janvier 1999, et une deuxième fois, en mai 2000, de façon plus certaine et plus irrémédiable encore.
1ère opération : réalisée par le Dr Michel TAZARTES, en janvier 1999, à la Clinique Geoffroy St Hilaire, à Paris.
2ème opération : subie contre ma volonté expresse, le 9 mai 2000, à l’hôpital Foch (Suresnes). Le Dr Darina KRASTINOVA, qui devait la réaliser, n’était pas là. Le Dr Bertrand BAUJAT, que je n’avais jamais vu auparavant, m’a fait endormir de force, voyant que je refusais que l’on me touche en l’absence du Dr KRASTINOVA.

Les Drs TAZARTES et KRASTINOVA m’ont délibérément trompée sur les risques et indications de cette opération, présentée comme absolument sans risques pour la vue. De personne en pleine santé, je suis devenue une handicapée COTOREP, vivant dans la douleur quotidienne et vouée, semble-t-il, à la cécité.
Puis, les chirurgiens m’ont abandonnée à mon sort et à la dégradation de mon état, refusant de réparer les dégâts qu’ils avaient causés et de prendre en charge la diplopie, contrairement au protocole chirurgical et à ce qu’ils proclament dans leurs articles.

En 2002, le TGI de Paris a ordonné une 1ère expertise judiciaire. Elle fut dirigée par le Pr Laurent LAROCHE (hôpital des XV-XX, comme le Dr TAZARTES).
Une 2ème expertise judiciaire fut dirigée en 2007 par le Pr Gilles CHAINE (hôpital Avicenne, Bobigny).
Les deux rapports d’expertise concordent en tous points. Et pour cause : le Dr TAZARTES a fourni aux deux Experts successifs une « déclaration écrite » (datée de 2002) que ceux-ci ont gentiment recopiée dans leurs rapports. Je n’ai pas eu connaissance de l’existence de cette déclaration lors de l’expertise LAROCHE. L’Expert CHAINE me l’a, finalement, communiquée avec un retard de deux mois, et après avoir rédigé son pré-rapport. Puis, prétextant qu’elles lui étaient parvenues en retard, il a refusé de répondre à mes observations sur le sujet. Le fait qu’il m’avait transmis la déclaration du Dr TAZARTES en retard ne justifiait pas, à ses yeux, d’un délai supplémentaire pour me permettre d’y répondre, pas plus que le fait qu’il ait, lui-même, déposé son rapport avec plus de deux mois et demi de retard.

Quelques déclarations fantaisistes,
ne correspondant pas du tout à mon état :

déclarations des experts  
& rapports d’expertise

mon état

- diplopie limitée au regard inféro-latéral

- diplopie dans tout le champ visuel 

- difficulté à converger

- difficulté à diverger 

- œil gauche plus malade que le droit

- œil droit plus malade que le gauche

- diplopie parfaitement corrigée

- diplopie très imparfaitement corrigée, y compris dans le regard en face, d’où un torticolis compensateur permanent

- plis et rides dus à l’âge (41,5 ans)

- plis et rides ajoutés par la chirurgie

- presbytie due à l’âge (41,5 ans)

- presbytie provoquée par l’opération, en même temps que les autres atteintes visuelles/oculomotrices

 

L’Expert LAROCHE me trouve une acuité visuelle de 12/10èmes alors qu’elle ne dépassait pas 9/10èmes à l’époque. Il finit par reconnaître que la diplopie est apparue après la 1ère opération mais ne l’intègre pas dans les préjudices ni dans le calcul de l’IPP.

L’Expert CHAINE inaugure une nouvelle façon de mesurer l’acuité visuelle : non pas une mesure précise, mais une fourchette. Il parle, en effet, d’une acuité visuelle « comprise entre 7 et 10/10 » au lieu de parler d’une acuité visuelle de 7/10èmes et fait croire qu’il s’agit de l’acuité visuelle non corrigée, alors qu’il s’agit de l’acuité visuelle corrigée : « l'acuité visuelle non corrigée n'a absolument aucune signification chez le sujet myope, la myopie est relativement stable. L’acuité visuelle est comprise entre 7 et 10/10 ce qui ne correspond pas à une différence significative, en particulier chez le myope. » (p. 18 du rapport)
Il affirme par ailleurs « qu'il n'y a pas de modification de l'acuité visuelle induite par la chirurgie [décompressive] ». C’est évacuer toutes les études sur cette opération et le fait que la 1ère indication chirurgicale de la décompression orbitaire est de préserver/d’améliorer l’acuité visuelle des personnes menacées de cécité en raison d’une compression du nerf optique : « Une étude a été menée par une équipe finlandaise auprès de 78 patients dont la décompression orbitaire avait été faite par technique transantrale ou endo-nasale entre 1985 et 2000. (…) L´acuité visuelle s´est améliorée chez 44 à 55 % des patients, est restée stable chez 27 à 36 % des patients, s´est aggravée chez 18 à 20 % … »
(http://doc.medsante.com/chirurgie-esthetique/2009/03/09/decompression-orbitaire-chirurgicale)

- Il fixe à 2% le taux d’incapacité permanente partielle (IPP) correspondant à la diplopie alors que, selon les barèmes officiels, le taux d’IPP minimum (pour une diplopie dans le champ inférieur extrême) est de 5%. Il est de 23% pour une diplopie présente, comme la mienne, dans tout le champ visuel.
- Il fait croire aux juges que l’attitude vicieuse de la tête induite par la diplopie n’est pas responsable des douleurs cervicales apparues en même temps qu’elle et attestées, dès après la 1ère opération, par tous les orthoptistes consultés et les comptes-rendus d’examens produits.  (On n’appellerait pas « position vicieuse » ou « torticolis oculaire compensateur » une attitude qui n’aurait aucun effet sur le cou. Santé A-Z définit le torticolis comme une « douleur plus ou moins paralysante due à une contracture des muscles du cou… »)
Incidemment, l’Expert CHAINE est le seul ophtalmologiste à tenir ce discours, et le seul endroit où il tient ce discours est le rapport d’expertise me concernant.  Dans ses ouvrages, il exprime l’opinion officielle, unanime, selon laquelle diplopie, torticolis oculaire et douleurs cervicales sont évidemment liés. Il présente même la position vicieuse comme le moyen de révéler une diplopie qui, sans cela, pourrait passer inaperçue. (Voir Ophtalmologie et Pathologie Générale). 
- Il prétend que la décompression orbitaire par voie coronale ne modifie pas les fentes palpébrales alors que les ligaments palpébraux ne sont plus fixés au même endroit ! (Cf. Dr HURBLI, hôpital de l’Hôtel-Dieu, à Paris : « Une fois que l'on a touché aux fentes palpébrales, c'est fini. On ne peut plus revenir en arrière. On ne sait pas refaire la nature à l'identique. ») 
- Comble de la désinformation médicale, il prétend que pour traiter une paupière, il faut aller creuser dans les cavités orbitaires, en passant derrière les globes oculaires, après avoir descendu le scalp depuis le cuir chevelu jusqu’aux coins externes des yeux ! « …le traitement de l'exophtalmie [par décompression orbitaire] était le passage obligé pour résoudre le problème de l'inocclusion palpébrale. » et les juges ont gobé ça !!!!

Chaque Expert a également déclaré que les chirurgiens m’avaient informée de tous les risques (même de ceux dont ils n’avaient aucune idée), avaient assuré tous les soins et le suivi nécessaires, avaient fait tout bien et qu’en bref, on ne pouvait rien leur reprocher.
Les Juges ont suivi les Experts sur tous les points, sans rien vérifier. Si bien qu’après des années de lutte et deux expertises médicales judiciaires, je ne suis pas même arrivée à obtenir la simple reconnaissance et l’indemnisation des dommages subis. 

Je me suis présentée aux expertises sans conseil médical, pensant naïvement que les Experts feraient un véritable travail d’expertise : personnel, honnête, objectif. Mais l’expertise judiciaire n’est pas le lieu de la compétence et de la déontologie médicales. C’est le lieu de l’esprit de corps. De l’impunité pour le chirurgien et confrère.
En prêtant ses locaux à l’expert sans exercer aucun contrôle, l’hôpital se rend également complice du simulacre et du déni de justice que ces expertises peuvent être.

Voici, pour conclure cet article, la réflexion d'une amie aussi chère qu'elle est sage et mesurée :  
« Ce n’est déjà pas joli-joli de tricher avec des gens qui peuvent se défendre. Le faire aux dépens d’êtres vulnérables et en détresse, en profitant de sa position d’expert, c’est encore plus moche ! »

Azureine, victime de fautes médicales et d’expertises judiciaires bidon
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P.S. 1 Suite à la distribution de cet article à l'hôpital Avicenne, le 2 juillet 2009, le Pr CHAINE est allé au commissariat de Bobigny porter plainte contre moi, pour diffamation (sic !), puis il a communiqué la copie de la plainte à Overblog et multiplié les signalements d’abus – jusqu’à ce que, le 5 août 2009,  Overblog suspende mon premier blog « http://azureine.over-blog.com », et d’autres blogs qui allaient suivre. (Voir articles sur la question.)

P.S. 2. Dans mes Dires à Expert et certains courriers, j’ai mis en doute la compétence du Pr CHAINE en matière de décompression orbitaire. Cela m’apparaissait, en effet, comme la seule explication possible à la totale inadéquation entre ses déclarations et les écrits des chirurgiens spécialistes de cette chirurgie, les résultats des examens me concernant et ma propre expérience. Je me rends compte, maintenant, que la seule explication est sa malhonnêteté d'expert : il a recopié la déclaration écrite, occulte, du Dr TAZARTES, en toute connaissance de cause, sans scrupules ni état d’âme par rapport à la victime – et avec d’autant moins d'hésitation qu’il ne doutait pas que les destinataires de son rapport et les intervenants dans le procès, soit, n’y verraient que du feu, soit s’intègreraient à la magouille ; et même si la victime s’apercevait de la fraude, elle ne pourrait rien faire contre lui.  
Voilà le genre de personnes auxquels la justice s’adresse pour faire expertiser l’état de santé des victimes de fautes médicales.
Je ne m’étonne plus que la « Proposition de réforme de l’expertise médicale judiciaire », présentée par le Médiateur de la République, M. Jean-Paul DELEVOYE, en juillet 2009, n’ait pas avancé d’une virgule, en huit ans ! 

Azureine, victime de fautes médicales et d’expertises judiciaires bidon

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